« Notre colère devient notre amie lorsqu’on accepte de danser avec. »
Fugace et envahissante, la lumière se glisse partout. Elle transforme l’image, déforme les perceptions. J’ai décidé de la travailler pour qu’elle reflète les maux qui nous acculent. Dans mon appartement, j’ai enduit un mur pour façonner un fond de studio artisanal: je le vis comme un laboratoire de transfigurations. Par la vibration de la couleur et la précision du contraste, je révèle avec passion les états qui nous traversent.
Qu’il s’agisse de figures du cabaret, du théâtre ou du cinéma, créatures interlopes, artisans de liberté et de nuits fantasmées d’un Paris noctambule, le personnage n’est pas un déguisement, mais un espace d’autorisation, un espace où l’on est et où l’on renaît. Ma recherche explore le travestissement dans son sens étymologique: le fait de revêtir le costume d’une autre condition. C’est un nom, une silhouette, un fard, une armure qui autorise l’expression d’une colère ou d’une vérité trop souvent tue, enfermée ou modifiée.
Le dispositif lumineux « POP Lumières », que je mets au point depuis maintenant six ans, puise son énergie dans l’esthétique du spectacle et des boîtes de nuit. Ces esthétiques très marquées m’ont toujours inspiré la sensation de « souvenir actuel », en réponse à la mélancolie d’une époque que je n’ai pas vécue. Un espace immatériel, sans pesanteur, sans contrainte. Un vertige heureux dans lequel les perceptions sont toutes modifiées. On peut se voir bleu, rouge, vert dans des fonds qui contredisent ou accompagnent notre état. Il crée un environnement à la marge, un temps suspendu et isolé du monde extérieur, où exprimer tout ce que l’on ressent est beau.
Je recrée la vision d’un imaginaire que j’ai construit à partir d’anecdotes d’amis, de mes parents, de mes grands-parents qui ont vécu une époque et un contexte où je n’étais pas né, ou encore dans l’enfance, mais auquel je m’accrochais comme idée de liberté. Il y avait forcément quelque chose à comprendre dans cet « avant » pour expliquer, saisir, voire réinventer le présent.
Le point de bascule survient lorsque je décide de donner corps à cet imaginaire. Ces artistes, qui m’inspiraient dans l’ombre, deviennent alors les protagonistes d’une confrontation nécessaire entre le fantasme et le réel. Documenter leur monde, c’est archiver un combat où le drame et la colère sont sublimés. Ici, exhaler, exalter et façonner son monstre, son armure, ce n’est pas le rendre aimable, c’est le rendre souverain. Dans cet espace de lumière, notre colère cesse d’être un mal qui nous astreint pour devenir une alliée : on ne la subit plus, on l’invite à danser.